Bonnes ou mauvaises odeurs ?

Il était bientôt midi et la longue randonnée matinale dans la campagne bretonne arrivait à sa fin quand soudain une bonne odeur de charcuterie nous chatouillât les narines. Mon ami commença alors à me raconter que ça sentait bon et que cela lui donnait faim.  Il s’interrompit lorsqu’il vit un petit rictus qu’il jugea moqueur et m’interrogea sur sa signification. Cette odeur, je la connaissais bien. Nous avions fait une expertise olfactive suite à des plaintes de riverains qui qualifiait ces odeurs de mauvaises, grasses et insupportables.

L’expertise montra que ces qualificatifs qui avaient surpris l’exploitant du site, les décideurs locaux étaient dus à un plusieurs facteurs. Le plus important fut que les odeurs entraient chez les riverains considérés comme une violation de la sphère de territorialité. En plus de cette intrusion, les odeurs de charcuterie étaient présentes à des moments où elles n’étaient pas souhaitables (lors du petit-déjeuner, au moment du dessert, à l’heure d’aller se coucher). Certains craignaient que ces odeurs qualifiées de nuisances odorantes puissent avoir un impact sur la santé des habitants. D’autres s’inquiétant de la moins-value possible des biens immobiliers avaient fait des affiches augmentant  ainsi les craintes et la moins-value.

Ainsi, une même odeur peut être jugée agréable ou désagréable selon le moment où on l’a perçoit et le contexte physiologique, social dans laquelle les personnes les perçoivent.

Il est toujours surprenant de penser que nous apprenons avec nos parents et vers l’âge de 2 ans à qualifier les bonnes et les mauvaises odeurs en même temps que l’enfant apprend la notion de saleté en voulant manger un chewing-gum trouvé sur la plage.

Qui n’a pas observé sa mère ou son père mettre le nez sur le beurre pour savoir s’il est encore bon ou rance. Qui n’a pas observé son grand-père ou ses amis se réjouir de la bonne odeur d’un munster à l’heure du fromage.

Nous verrons dans de futures chroniques que bien d’autres facteurs nous influencent sur la qualification de nos perceptions olfactives, et que souvent le langage des odeurs  nous manque…